Pochette de THE SINGER IN MY BAND de This Is Lorelei

This Is Lorelei

THE SINGER IN MY BAND

The Kid with the DIY Crown

Matador Records Indie Folk 2026

C’est en rentrant d’un concert délicieusement punk-rock-progressif que le désir soudain, vif et impérieux d’écouter le nouvel album tout juste disponible de This Is Lorelei, “The Singer in My Band”, jaillit comme une urgence irrépressible.

Plongeon donc dans les profondeurs d’un nouvel opus plus épuré que les précédents “Holo Boy” et “Box for Buddy, Box for Star”… “The Singer in My Band” signe le retour de l’éclectique prodige du son DIY Nate Amos aka This Is Lorelei fraîchement signé chez Matador Records, avec un ton fortement emprunt d’Americana.

Loin de l’art-rock électro expérimental du duo actuel qu’il forme avec Rachel Brown pour Water From Your Eyes, de son ancien duo passionné My Idea avec Lily Konigsberg, ou de son autre projet solo encore plus expérimental Beetles, Nate Amos s’éloigne ici tout autant de ses productions This Is Lorelei précédemment affranchies de toute contrainte, et qu’il partageait allègrement sur la toile depuis ses débuts en 2012 – son Bandcamp est d’une richesse absolue !

Amos opère une vraie métamorphose esthétique, délaissant les habituelles textures électroniques et autres vocodeurs au profit d’un son plus organique. Son timbre chaleureusement baryton, les guitares principalement acoustiques et quelque peu électriques, le banjo bluegrass de son père Bob et les chœurs enjôleurs de sa sœur Sarah sur le titre éponyme, forment un ensemble somptueusement protéiforme et mystérieusement envoûtant.

On pourrait entendre Beck, Elliott Smith ou Sparklehorse se glisser dans les cordes, le chant et même les silences, mais Amos révèle une fois de plus une humilité qui n’a d’égal que son génie créatif dans l’écriture de sa musique, avec cette fois-ci une sobriété inédite des arrangements.

L’album démarre avec un son roots, une instru acoustique et un songwriting traditionnel pour “I Will Eat My Heart in the Morning Light”, donnant le ton country-folk général du disque.
Mais l’indie rock mélancolique rythmé du second titre “Oh No Now My” vient comme rappeler avec cet hymne du désir nostalgique, du regret, qu’Amos est tout sauf mono-genre !
Puis “Billy Came Back” nous ramène vers le folk rock-americana de l’album, parsemé de banjo bluegrass soulignant l’hommage vibrant d’Amos à une légende locale disparue subitement et qu’il semble espérer retrouver.
Le court instrumental pur roots “Nitro” offre un intermède technique remarquable du jeu de guitare acoustique de son compositeur, qui progresse vers le titre suivant “Hey Sarah Is It Gonna Rain Forever” avec une envolée de claviers imitant des cordes de violon frottées, hypnotisantes.
Le titre “The Kid With the Crown”, le plus rock de l’album, propose une instru plus brute, plus libre (libérée ?), presque désordonnée, ponctuée de guitares explosives et saturées. “The album needed an untied shoelace and this is what I came up with” nous dit Amos, écrivant sur l’acceptation de notre imperfection et la résilience malgré l’échec.

Un disque surprenant pour ce touche-à-tout à la créativité exploratrice infinie, à ré-écouter sans modération pour découvrir ses différents niveaux de lecture ou préférer se laisser porter par le souffle enveloppant d’apparente insouciance de ses mélodies. Libre à nous !

Thank you, Nate…