Violet Grohl
BE SWEET TO ME
L'essence des nineties sans l’ombre du patronyme
Il y a des noms qui pèsent sur les épaules comme une autruche qui tenterait désespérément de prendre son envol. S’appeler Grohl quand on décide de se faire un nom dans une industrie musicale complexe et saturée relève soit d’un flegme suicidaire, soit d’une assurance viscérale. Avec son premier opus Be Sweet To Me, la fille aînée du grand patron du grunge international clôt le débat dès les premières secondes d’écoute avec un son franc, honnête, direct qui nous plonge immédiatement dans une esthétique nineties à la fois brutale et incarnée.
Dès l’ouverture sur « THUM », on comprend que le disque ne cherche pas à négocier avec la modernité polissée des algorithmes. Produit par Justin Raisen, déjà aperçu à la régie chez Sky Ferreira ou Kim Gordon, l’album baigne dans une réverbération granuleuse et crasseuse où la distorsion est reine. Telle une magicienne, Violet Grohl étonne et détonne en oscillant d’un chant vaporeux à la Cocteau Twins aux râles écorchés dans la lignée d’une PJ Harvey.
« 595 », l’une des plus belles réussites du disque, s’inspire du graphisme poisseux mais terriblement attachant d’un vieux t-shirt de fraternity américaine où basse martelante et guitare abrasive se mêlent avec une efficacité immédiate. On y croise cette tension poisseuse et saturée qui faisait le sel des Breeders ou Soundgarden : une musique de basement, suintante et hautement inflammable sculptée entre Los Angeles et Joshua Tree à contre courant de toutes tendances. « Applefish » confirme la manœuvre en alignant riff faussement simpliste, presque naïf, avant d’exploser en une déflagration d’imprimés flanelle et de larsen brut.
Ce qui séduit tout au long de ces onze pistes condensées en une trentaine de minutes, c’est l’absence totale de cynisme. Violet Grohl ne fait pas de la récupération rétro pour amuser la galerie mais régurgite avec brio les souvenirs de son enfance pour en faire un terrain de jeu dans lequel elle excelle. Be Sweet To Me s’écoute comme un trésor oublié que l’on redécouvre des décennies plus tard au fin fond de son grenier : c’est charmant, immédiat, réussi et ça bouscule une scène rock actuelle parfois trop propre sur elle.
Welcome Violet.